Philippe Viarouge

Lascaux

  • Miracle du passé, surgissant à nos yeux
  • Du fond des siècles morts, restes prodigieux
  • Des âges disparus, énigme formidable,
  • Du grand fleuve du temps résurgence admirables !
  •  
  • Solitaire, pensif, avec un fond du coeur,
  • Le sentiment confus d'être un profanateur
  • Violant, en secret, les mystères du monde,
  • J'ai médité longemps, sous ta voûte profonde.
  •  
  • Le passage furtif du rayon lumineux
  • Révelait le sursaut d'un étalon fougeux,
  • La masse d'un auroch, le contour d'une hurre,
  • De cervidés flottants, l'improbable ramure.
  •  
  • Et ma pensée fuyait, spirale indéfinie
  • Remontant le passé, jusque dans l'infini,
  • Pour tenter d'évoquer, malgré les millénaires,
  • Les auteurs ignorés de ce rêve de pierres.
  •  
  • Je les voyais paser, dans les lointains brumeux,
  • Les grands mâles, chasseurs aux torses musculeux,
  • Courbés sur leurs massues, en frise hallucinante,
  • Les épaules chargées de quelque proie saignante.
  •  
  • Et le soir, accroupis près du feu protecteur,
  • Libérés, un instant, de la faim, de la peur,
  • Rouler obscurément en leur frustre cervelle
  • Le confus embryon d'une pensée nouvelle.
  •  
  • Délicate beauté des couleurs et des formes,
  • Paradoxe inouï, est ce leurs mains énormes
  • Qui vous ont suscitée, ces mains aux doigts noueux
  • Qui lançaient le harpon et brandissaient l'épieu ?
  •  
  • Sous leurs crânes abrupts, à la rude toison,
  • Mère de tous les arts, l'éternelle raison
  • Avait elle jailli, étincelle magique,
  • Premier balbutiement de l'immense cantique ?
  •  
  • Et cette rêverie m'emportait, par instants,
  • Si loin dans le passé et si loin du présent,
  • Que renaissaient en moi, leurs âmes primitives.
  • Curieuse impression, minutes fugitives.
  •  
  • Où j'ia senti, glacé, un frisson me saisir
  • Et sourdre, en mon esprit, la peur de voir surgir,
  • Se ruant, tout à coup, hors de l'ombre abbyssale,
  • Les fauves habitants de la grotte ancestrale.
  •  
  •  
  • Philippe Viarouge (extrait du recueil : Poèmes en vrac)

 

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Commentaires (1)

Philippe Viarouge
  • 1. Philippe Viarouge | 11/04/2011
Il nous avait appris à porter haut la tête,
A répondre à l'envie par le feu du dédain,
A aimer les oiseaux, à respecter le pain;
Mais il savait aussi, rire les jours de fête.

Mineur de son métier, il passa sous la terre
Plus du tiers de sa vie, en quelque soixante ans.
Il fut honnête, droit, et bon pour ses enfants.
Je puis en témoigner car il était mon père.

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