Le jardin, la rose, le rossignol/Jal Al-Dîn Rûmî

 

  • Le jardin, la rose, le rossignol, la musique et la danse, la bien-aimée,
    Sont des prétextes ; celui que l'on cherche, c'est Lui.
  • La vue de ton visage a fait éclore des roses dans mon cœur,
    Et tes yeux ont illuminé mes yeux.
  • Je vois dans l'eau se mirer l'image de ma bien-aimée,
    Et dans la rose se trouve le parfum de notre intimité.
  • Le vin de l'union illumine éternellement notre nuit.
    De ce vin que n'interdit point la religion d'Amour,
    Nos lèvres seront humectées jusqu'à l'aube du néant.
  • Hier soir vint chez moi une idole altière,
    À la parole douce, aux lèvres de miel, au charme troublant.
    De son visage pareil au soleil, elle m'éveilla,
    En disant : « Tu as vu le soleil, lève-toi ! »
  • Je suis amoureux de l'amour.
  • Notre corps pétri de terre est la lumière des cieux.
  • Autrefois, nous étions des enfants, puis nous fûmes maîtres ;
    Autrefois, nous étions heureux de voir des visages amis.
    Écoute la fin de notre aventure :
    Nous sommes devenus pareils aux nuages, pareils au Vent.
  • Le monde est plein de verdure, de fleurs,
    Tout rit de l'éternelle beauté qui se reflète en tout.
  • Derrière le voile existe tant de beauté ;
    là est mon être.
  • Ô sage ! sais-tu ce que c'est que la nuit ?
    C'est l'isolement des amants, loin des indifférents.
    Cette nuit surtout, où mon aimée se trouve sous mon toit,
    Je suis ivre, la lune est amoureuse et la nuit est folle.
  • Ton amour a si bien ravagé mon cœur,
    que tout ce qui n'est pas lui s'est consumé.
    Oubliant la raison, les leçons, les livres,
    Il s'est adonné à la poésie, aux odes, aux quatrains.
  • Nous avons appris à l'aimée à boire le vin,
    Nous possédons le feu de l'amour qui brûle l'amour même.
    Depuis l'éternité, le temps ne nous a pas vus dormir,
    Pendant toutes ces nuits que nous avons changées en jour.
  • Cette belle a soudain franchi ma porte,
    Elle a bu une coupe de vin et s'est assise.
    D'avoir vu et saisi sa chevelure onduleuse,
    Mon visage devient un regard et mon regard une main.
  • Si ce n'était pour l'abandonner à ma passion pour toi,
    Que ferais-je de mon cœur, pourquoi aurais-je un cœur ?
  • Ne te soucie pas des accidents que produit sans cesse le monde ;
    De tout ce qui advient, rien n'est durable, ne t'en soucie pas,
    Considère chaque instant comme une aubaine,
    Ne te soucie pas de ce qui est arrivé, ni de ce qui arrivera.
  • J'étais un homme pieux, tu as fait de moi un chanteur,
    Un pilier de cabaret toujours assoiffé de vin.
    J'étais assis gravement sur mon tapis de prière,
    Tu as fait de moi la risée des enfants du quartier.
  • Ô toi dont la patrie se trouve dans les cieux ;
    Et qui te crois cependant de ce monde terrestre.
  • Ô ame ! sais-tu qui est ton aimé ?
    Ô cœur ! sais-tu qui est ton hôte ?
    Ô corps qui cherche partout l'issue pour t'enfuir,
    Lui t'attire ; regarde ce qui est à ta recherche !
  • Ô toi qui tiens éveillé mon sort et ma destinée… ne dors pas !
    Ô splendeur du printemps et des roses… ne dors pas !
    Ô toi, aux yeux langoureux et cruels… ne dors pas !
    Cette nuit est une nuit d'allégresse… ne dors pas !
  • Notre ivresse ne provient pas du vin vermeil,
    Et ce vin n'existe que dans la coupe de mon imagination.
    Tu es venu pour répandre mon vin ?
    Mais le vin dont je m'enivre est invisible.
  • Ô mon cœur malade, le temps de la guérison approche.
    Respire à pleins poumons, car le moment est arrivé :
    Cet aimé qui bouleverse les aimés
    Est venu au monde sous une forme humaine.
  • L'union… voilà les jardins du Paradis.
    La séparation… voilà les tourments de l'enfer.
    L'amour est éternel, l'univers est son vêtement,
    Il met à nu celui qui est vêtu… voilà la clé de l'énigme.
  • J'ai posé ma tête sur ton seuil,
    Et j'ai laissé mon cœur entre tes boucles ravissantes.
    Mon âme est venue à mes lèvres, donne-moi les tiennes,
    Pour qu'ainsi dans ta bouche, je mette mon âme.
  • Mon cœur est esclave de tes lèvres de rubis.
    Il est ivre de tes yeux enivrés.
  • Avec les yeux de ton cœur, tu verras un autre monde.
    Si tu te tiens à l'écart de l'égoïsme,
    Tes actes seront tous entièrement approuvés.
  • Moi aussi, j'étais sage et dégrisé comme toi,
    Je reniais tous les amoureux.
    Me voici devenir fou, ivre et libertin,
    Et tu prétends que j'ai toujours été ainsi.
  • Un amoureux doit être toujours ivre et diffamé,
    Extravagant, égaré et fou.
    Le chagrin nous serrera la gorge quand nous serons dégrisés ;
    Mais tant que nous sommes ivres advienne que pourra.
  • Tranquille est celui qui n'a rien de bon ni de mauvais,
    Qui n'a ni les chaînes de la richesse ni celles de la pauvreté !
    Qui peut vivre loin des chagrins du monde et du peuple,
    Et en qui il n'y a pas la moindre trace d'égoïsme.
  • Sois juste ; l'amour est une belle chose ;
    Tout le mal vient de ta nature perverse.
    Tu as donné le nom d'amour à ton désir de jouissance,
    Mais de l'amour à la jouissance la distance est grande.
  • Son cœur est gonflé d'amour et ses yeux gonflés de sommeil,
    Vers le matin, la beauté de mon aimée a quelque chose d'étrange.
  • Il faut être avancé dans le chemin du désir.
    Il faut se garder de la souillure du monde,
    Soigne bien ta vue, en effet,
    L'univers tout entier est Lui, mais il faut avoir les yeux clairs.
  • Puisque j'ai dans le cœur l'image de celle que jalousent les fées,
    Qui peut être heureux dans le monde autant que moi ?
    Je jure que je ne peux pas vivre sans bonheur,
    J'entends parler du souci, mais je ne sais ce que c'est.
  • Quand de l'amour divin l'aurore poindra
    Des corps vivants l'âme s'envolera.
    L'homme atteindra un lieu où à chaque moment,
    Sans fatiguer ni ses yeux ni ses mains, il percevra.
  • J'ai un amour plus pur qu'une eau limpide,
    Et le jeu de cet amour pour moi est licite.
  • Je sens dans l'herbe l'odeur de tes lèvres.
    Je vois, dans les jasmins et les tulipes, tes couleurs.
  • Aux jardins il y a mille belles aux visages lunaires,
    Il y a des roses, des violettes qui sentent le musc,
    Et cette eau qui tombe à goutte dans le ruisseau,
    Tout est prétexte à méditation… il n'y a que Lui… que Lui.

 

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Commentaires (1)

badr mouazen
  • 1. badr mouazen | 15/02/2010
Quelle beauté!

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