Le Lever du Soleil/J. Donne

 

Le Lever du soleil

  • Vieux fol et ta bougeotte,
    Pourquoi fais-tu ça, fichu soleil,
    Par les fenêtres et l'interstice des rideaux, pourquoi tu nous réveilles?
    La saison des amants faut-il qu'à ta poursuite elle trotte?
    Triste sire, pauvre cuistre, va donc menacer
    Les apprentis revêches, les écoliers qui tardent,
    Va dire aux piqueurs du Roy que le Roy veut chasser,
    Apelle aux travaux des moissons les fourmis campagnardes;
    Amour, saisons, climat, et tout pareillement
    Ignore heures, jours, mois, les grimaces du temps.


    Tes rayons, si vénérables et d'une force absolue
    Pourquoi devrais-tu penser?
    Je pourrais les embrumer, en un clin d'oeil les éclipser,
    N'était qu'en cet instant je la perdrais de vue
    Si sa vue n'a pas aveuglé la tienne
    Va voir, et demain soir dis-moi
    Si les Indes à la fois d'épice et miennes
    Sont là où tu les a laissées, ou bien sont couchées ici avec moi,
    Informe-toi sur ces Rois que hier, tu vis,
    Et tu entendras: "Tous ici, gisent dans un seul lit".


    Elle est tous Royaumes et moi toutes Altesses;
    Debout rien ne reste;
    Les princes ne s ont que nos mimes malhonnêtes;
    Tout honneur est mimique, alchimie toute richesse.
    Toi, Soleil, plus heureux que nous, ne l'es pas de moitié,
    En ce que le monde a passé ce contrat;
    A ton âge, on a besoin de tranquillité, dès lors c'est ton métier
    De réchauffer le monde, c'est fait quand tu chauffes notre drap.
    Brille ici pour nous, et plus rien n'est obscur;
    Ce lit est ton centre, et ta sphère ces murs

 

 

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