Le navire/E.Verhaeren

 

Le navire

 

 

  • Nous avancions tranquillement sous les étoiles;
  • La lune oblique errait autour du vaisseau clair,
  • Et l'étagement blanc des vergues et des voiles
  • Projetait sa grande ombre au large sur la mer.
  • La froide pureté de la nuit embrasée
  • Scintillait dans l'espace et frissonnait sur l'eau;
  • On voyait circuler la grande Ourse et Persée
  • Comme en des cirques d'ombre éclatante, là-haut.
  • Dans la mât d'artimon et le mât de misaine,
  • De l'arrière à l'avant où se dardaient les feux,
  • Des ordres, nets et continus comme des chaînes,
  • Se transmettaient soudain et se nouaient entre eux.
  • Chaque geste servait à quelque autre plus large
  • Et lui vouait l'instant de son utile ardeur,
  • Et la vague portant la carène et sa charge
  • Leur donnait pour support sa lucide splendeur.
  • La belle immensité exaltait la gabarre,
  • Dont l'étave marquait les flots d'un long chemin,
  • L'homme, qui mainteanit à contre-vent la barre,
  • Sentait vibrer tout le navire entre ses mains.
  • Il tanguait sur l'effroi, la mort et les abîmes,
  • D'accord avec chaque astre et chaque volonté,
  • Et, maîtrisant ainsi les forces unanimes,
  • Semblait dompter et s'asservir l'éternité.
  • Extrait du recueil : Choix de poèmes
  • Editions : Mercure de France

 

 

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