Mon âme/E. Nelligan

 

Mon âme

  • Mon âme a la candeur d'une chose étiolée,
    D'une neige de février...
    Ah ! retournons au seuil de l'Enfance en allée,
    Viens-t-en prier...

    Ma chère, joins tes doigts et pleure et rêve et prie,
    Comme tu faisais autrefois
    Lorsqu'en ma chambre, aux soirs, vers la Vierge fleurie
    Montait ta voix.

    Ah ! la fatalité d'être une âme candide
    En ce monde menteur, flétri, blasé, pervers,
    D'avoir une âme ainsi qu'une neige aux hivers
    Que jamais ne souilla la volupté sordide !

    D'avoir l'âme pareille à de la mousseline
    Que manie une soeur novice de couvent,
    Ou comme un luth empli des musiques du vent
    Qui chante et qui frémit le soir sur la colline !

    D'avoir une âme douce et mystiquement tendre,
    Et cependant, toujours, de tous les maux souffrir,
    Dans le regret de vivre et l'effroi de mourir,
    Et d'espérer, de croire... et de toujours attendre !

 

 

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