Pensées

 

Pensées - Livre XI

  • Que doit être l'âme qui sait être toute prête au moment où, nécessairement délivré du corps, notre être doit enfin s'éteindre, ou se disperser, ou subsister éternellement ? Quand je dis que l'âme est prête, j'entends que cette fermeté doit venir de notre propre jugement, et sans être la suite d'une injonction étrangère, comme pour les Chrétiens ; il faut que ce soit un acte réfléchi, grave et assez sérieux pour provoquer l'imitation et la foi des autres, sans aucune prétention dramatique.
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  • Quelle est ta profession ? D'être homme de bien. Mais comment atteindre sûrement ce but si ce n'est avec l'aide de ces nobles études, qui s'appliquent tout ensemble à la nature de l'univers entier et à la condition particulière de l'homme ?
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  • Que tu dois voir clairement qu'il n'est pas, dans la vie, de meilleure route à suivre pour être philosophe que celle que tu suis maintenant !
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  • La nature ne peut jamais être inférieure à l'art, puisque les arts ne sont qu'une imitation de la nature, sous ses formes diverses. S'il en est ainsi, la nature, qui est la plus parfaite et la plus compréhensive de toutes, ne peut pas être au-dessous des chefs-d'oeuvre de l'art les plus accomplis. Or tous les arts, sans exception, font toujours ce qui est moins bon en vue de ce qui est meilleur, et la commune nature n'agit pas autrement. C'est de la nature que découle la justice ; et c'est de la justice que découlent toutes les autres vertus ; car nous ne nous soucierons pas assez de la justice si nous recherchons avec tant de passion les choses indifférentes, et si nous nous montrons faciles à séduire, faciles à nous laisser prévenir, faciles à changer d'avis.
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  • La sphère de l'âme est absolument identique à elle-même dans toutes ses parties, quand elle ne s'étend pas à un objet du dehors, ou qu'elle ne se réfugie pas dans son intérieur, quand elle ne se disperse pas, ou qu'elle ne se concentre point, mais qu'elle brille de cette éclatante lumière qui lui fait voir, et la vérité de toutes choses, et la vérité qu'elle porte dans son propre sein.
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  • L'âme trouve en elle-même le pouvoir de mener la plus noble existence, pourvu qu'elle sache rester indifférente à tout ce qui est indifférent. Elle s'assurera cette sage impassibilité, en considérant chacun des objets qui la peuvent émouvoir, d'abord isolément, puis dans leur relation avec le tout. Elle se rappellera toujours qu'il n'est pas un seul de ces objets qui puisse nous imposer l'idée que nous devons nous en faire, pas un seul qui arrive jusqu'à nous, mais qu'ils demeurent immobiles, et que c'est nous seuls qui produisons les jugements que nous en portons, qui gravons, en quelque sorte, ces jugements en notre esprit, tout en ayant le pouvoir de ne pas les y graver, et qui pouvons aussi les effacer sur-le-champ, si nous reconnaissons que ces jugements se sont, à notre insu, glissés en notre âme. Enfin l'âme doit se dire que cette attention qu'elle a à prendre exige bien peu de temps, et que le reste de la vie sera tranquille. Et, d'ailleurs, qu'y a-t-il donc de si pénible dans cette surveillance de soi ? Si les objets qui se présentent sont conformes à la loi de la nature, jouis-en, et qu'ils te soient légers et faciles. S'ils sont contre la nature, recherche ce qui est pour toi conforme à ta nature propre, et sache t'y attacher, quelque singulier que cela puisse paraître. On est toujours excusable de rechercher son bien personnel, tel qu'on l'entend.
  • On ne pourrait pas donner des leçons d'écriture et de lecture, si d'abord on n'en avait soi-même reçu. A bien plus forte raison, cette éducation préalable est-elle nécessaire pour l'art de la vie.

 

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