Pensées

 

Pensées - Livre VIII

  • Toutes les fois que tu fais quelque chose, adresse-toi cette question : «Qu'est-ce que je fais précisément ? Ne le regretterai-je pas ? Encore un peu, je meurs ; et tout disparaît pour moi. Ai-je à chercher autre chose que de savoir si l'acte que je fais actuellement est bien l'acte d'un être intelligent, dévoué à l'intérêt commun, et soumis aux mêmes lois que Dieu s'est données à lui-même ?»
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  • La nature universelle n'a pour fonctions que de déplacer les choses perpétuellement ; elles sont ici, elle les met là ; elle les transforme ; elle les enlève du lieu où elles sont pour les porter dans un autre ; toutes transformations, où il n'est pas à craindre qu'il se produise jamais rien de nouveau, où tout est régulier, et où les répartitions sont éternellement équitables.
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  • Le regret est un secret reproche qu'on se fait à soi-même d'avoir négligé son intérêt ; or c'est le bien qui doit être notre intérêt véritable, et le bien seul est digne des soins d'un homme vertueux. Mais l'homme de bien ne peut jamais se repentir d'avoir négligé un plaisir. Donc le plaisir n'est pas notre intérêt, pas plus qu'il n'est le bien.
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  • Tout a été fait en vue d'un certain résultat, le cheval, la vigne. T'en étonnes-tu ? Le soleil même te dira : «J'ai été fait dans tel but». Les autres Dieux en pourront dire autant. A quelle intention as-tu donc été fait toi-même ? Est-ce pour le plaisir ? Examine un peu si la raison te permet de le croire.
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  • La nature se propose toujours un but, et elle ne s'occupe pas moins de la fin des choses que de leur origine et de leur existence. Elle ressemble assez à un joueur de ballon. Est-ce donc un bien pour le ballon de monter si haut ? Est-ce un mal de descendre si bas, ou même de tomber tout à fait ? Est-ce un bien pour la bulle d'air de se soutenir ? Est-ce un mal pour elle de crever ? Est-ce un bien, est-ce un mal pour la lampe de briller ou de s'éteindre ?
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  • La vraie joie de l'homme, c'est de faire ce qui est propre à l'homme. Or le privilège de l'homme, c'est d'être bienveillant à l'égard de ses semblables, de surmonter les agitations des sens, de discerner les perceptions qui méritent créance, et de contempler la nature universelle et l'ensemble des faits dont elle règle le cours.
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  • Efface les impressions sensibles en te disant toujours : «Je puis, dans le cas présent où je me trouve, empêcher que cette âme ne soit altérée par aucun vice, par aucuue passion, en un mot, par aucun trouble quel qu'il soit. Mais voyant les choses toujours comme elles sont, j'en use selon leur valeur respective». N'oublie jamais que tu jouis de cette puissance supérieure, qui est d'ailleurs si conforme à la nature.
  • Quand on ignore ce qu'est le monde, on ignore le lieu où l'on est ; quand on ignore pourquoi on a été naturellement fait, on ignore ce qu'on est soi-même, comme on ignore ce qu'est le monde ; et quand on en est à ignorer une de ces choses, on ne sait même pas pourquoi soi-même on a été créé par la nature. Mais que te semble de celui qui redoute le blâme, ou qui recherche les éloges, de ces hommes dont l'ignorance va jusqu'à ne savoir, ni où ils sont, ni ce qu'ils sont ?

 

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