La Fée : Auguste LESTOURGIE

 

La Fée

A Is.-Alex. Massé.

Il n'est plus, disent-ils, le bon vieux temps des fées !
Ces filles d'Orient, d'or et d'azur coiffées,
Ecloses un matin dans un rayon vermeil,
Sous les tièdes baisers d'Aurore et du Soleil,
Ces blanches visions, ces beautés diaphanes,
Ont fui loin, pour toujours, de nos regards profanes !
Il n'est plus ! - Au berceau du rose nouveau-né,
Dans un char de rubis par des ramiers traîné,
On ne les verra plus venir, ces douces reines,
Semer à pleines mains leurs cadeaux de marraines !
Triste dans ton amour, doutant dans ton berger,
Ne vas pas dans les bois pour les interroger,
Bergère ! - Les échos n'ont que vaine parole ;
Ils n'ont pas le secret de ce qui te désole !
La grotte que jadis une fée habitait
N'est aujourd'hui qu'un antre où le loup se repaît.
Les fleurs ne voilent plus dans leurs calices frêles
Des sylphes amoureux le couple aux fines ailes.
Le soir, quand des vitraux ont pâli les couleurs,
L'ombre vient à la plaine et la tristesse aux cœurs !
C'est l'heure où le passé revit au fond de l'âme :
C'est l'heure où des désirs se ravive la flamme,
Où l'oreille voudrait des chants mélodieux,
Où l'œil cherche à plonger dans les splendeurs des cieux !
Ah ! quel bonheur alors, si, comme au temps des sages,
De célestes beautés descendaient des nuages,
Et posant sur le sol leur pied blanc et divin
Nous parlaient d'espérance et nous prenaient la main !
Notre air impur les a dès long-temps étouffées :
Il n'est plus, il n'est plus, le bon vieux temps des fées !-

Voilà ce que la foule a souvent répété !
Mais, moi qui vais pensif, par mon rêve emporté,
Moi qui fuis dans les bois pour ne plus rien entendre
Des bruits que fait la ville,... ah ! j'ai su les surprendre,
J'ai pu les voir encor belles comme autrefois,
Ces filles du mystère à la suave voix !
Ah ! si l'on n'entend plus leur chanson consolante,
C'est que le cœur moins pur et l'âme moins aimante
S'inclinent aujourd'hui pour des désirs grossiers ;
C'est qu'aujourd'hui l'on marche en de boueux sentiers
Où ces reines du ciel souilleraient leurs tuniques,
Et jetteraient en vain leurs accents prophétiques !
Moi, je sais une fée au front royal et doux,
Devant qui chaque jour j'ai ployé les genoux ;
Comme un lis rayonnant, inondé de lumière,
Resplendit son visage ;- et lorsque ma prière
L'évoque avec ardeur, elle vient doucement
Près de moi, comme fait l'amante à l'amant !
Ah ! j'ai passé souvent, et loin de nos demeures,
Mes lèvres sur sa main, bien de charmantes heures :
Si mon cœur était triste, elle disait tout bas
Des mots qui sont un baume, et qu'on ne redit pas ;
Si de mon pur amour décelant le mystère,
Je disais : m'aime-t-elle ? elle disant : espère !
Que de fois abrité dans les plis onduleux
De sa robe, tandis que de ses noirs cheveux
J'aspirais les parfums, aux plaines azurées
J'ai vogué, caressé par ses ailes nacrées !
Ne me demandez pas quelle année et quel jour
J'ai trouvé cette fée et gagné son amour !
Je ne sais. - Vaguement, je me souviens peut-être
Qu'un rêveur comme moi me la fit reconnaître. -
Je la vis entre nous le long des tertres verts ;
Elle allait, murmurant de tendres et beaux vers,
Lorsqu'on m'apprit son nom,- et je lui dis : Je t'aime !
Elle sourit, posa sa main sur mon front blême,
Et j'entendis ces mots : Allons ! sois mien, enfant !
Mais depuis on m'a dit qu'à peine vagissant,
Dans mon berceau couché j'avais eu sa visite,
Et qu'elle avait voulu que son aile m'abrite.
Qu'importe ! - Maintenant, elle a tout mon amour !
Je la suis dans les bois, dans les prés, tout le jour.
Elle sait et m'apprend le miel de toute choses ; -
Elle me fait comprendre et l'abeille et les roses,
Et leurs joies et leurs pleurs, leur chaste volupté ;
Ce que chante, le soir, la brise de l'été ;
Elle a mis dans mon âme une oreille divine
Pour entendre ces bruits qu'à peine l'on devine ;
Et je sais maintenant le secret des oiseaux,
Les hymnes des forêts, les rires des ruisseaux,
Ce que pense la fleur, ce que rêve l'étoile ; -
Fée, elle a su pour moi soulever le grand voile.
Non, non, ne dites plus que leur temps est passé,
Que leur voix est muette, et leur souffle glacé !
Que mon âme jamais n'écoute un tel blasphème !
Il en est une encor, au moins !... celle que j'aime !
Belle, douce, puissante, et dont, au fond des bois,
Toute âme, tout esprit peut entendre la voix.
Elle ne vieillit point, car elle est immortelle !
Allez vous reposer et rêver sous son aile,
Vous dont le cœur a froid au milieu des cités !
Près d'elle j'ai goûté de pures voluptés !
Sur sa lèvre j'ai bu le miel et l'ambroisie ;
Elle est fille du ciel : son nom est Poésie !

Auguste LESTOURGIE

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Commentaires (1)

Véronique
  • 1. Véronique | 29/01/2008
Superbes, ces poèmes sur les fées...

Etant surnommée "Petite fée"... je les apprécie doublement...

Amitiés de Provence

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