La Poésie Romantique ( Partie 1)

  • La Poésie Romantique ( Partie 1)


  • Le romantisme est un courant artistique apparu en Europe occidentale dans le courant du XVIIIe siècle dans les lettres en Grande-Bretagne et en Allemagne, puis au XIXe siècle en France, en Italie et en Espagne. Il se développe en France sous la Restauration et la monarchie de Juillet, par réaction contre la régularité classique jugée trop rigide et le rationalisme philosophique des siècles antérieurs.
    Le romantisme débute par la revendication des poètes du "je" et du "moi". Les littéraires romantiques veulent à présent faire connaître leurs expériences personnelles, et veulent faire cesser cet aspect fictif qu'on attribue aux poèmes et romans. Le romantisme se caractérise par une volonté d'explorer toutes les possibilités de l'art afin d'exprimer les extases et les tourments du cœur et de l'âme : il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l'évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l'exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d'une sensibilité passionnée et mélancolique, ses valeurs esthétiques et morales, ses idées et thématiques nouvelles ne tardèrent pas à influencer d'autres domaines, en particulier la peinture et la musique.
  • Origines et précurseurs
    L’origine du mot « romantisme » provient des caractéristiques de l’art gothique « roman ». Ce mot existait déjà à Rome et a évolué sémantiquement au cours des siècles. En anglais, le mot «Romantic» signifie « proprement romanesque ».
    Quelques écrivains de la fin du XVIIIe siècle, sont considérés comme des précurseurs du romantisme
  • Littérature
    Grande-Bretagne
    Une grande partie du romantisme européen est née en Grande-Bretagne. La sensibilité pour la nature y existe bien avant Rousseau. L'état d'esprit du romantisme a ainsi une origine britannique:
    Le roman gothique
    Les poètes lakiste
  • Allemagne
    L'Allemagne est probablement le pays d'Europe où le romantisme a connu son développement le plus poussé, particulièrement en poésie et en musique. Le romantisme allemand se caractérise également par certains traits plus affirmés que dans d'autres pays ; citons par exemple : nationalisme, ironie, fantastique, ainsi que le thème de la folie. En revanche les aspects sociaux et politiques y sont moins importants que dans d'autres pays.
    Le mouvement romantique allemand est également associé à un profond renouvellement de la théorie esthétique. À partir des travaux de Kant et de Fichte, une théorie romantique de l'esthétique fut développée par Novalis, Achim von Arnim, Jean Paul et surtout par les frères Schlegel. L'œuvre d'art ne doit pas être jugée suivant des critères extérieurs tels que sa visée morale ou son respect des règles de composition (cf. dogmatisme). Elle ne trouve sa justification qu'en elle-même. L'esthétique romantique place le langage poétique en opposition au langage courant, utilitaire. Enfin, l'artiste est vu comme un créateur de monde, un démiurge.
  • Italie
    En Italie, le romantisme est étroitement associé au Risorgimento, c'est à dire à l'unification progressive de l'Italie qui commence à la fin du XVIIIe siècle pour s'achever en 1871. Le romantisme italien puise ses références dans l'Antiquité mais aussi au Moyen Âge. Le principal écrivain romantique italien est Alessandro Manzoni. Né en 1785, il est le petit-fils du philosophe Cesare Beccaria et grandit dans un milieu imprégné des idées des Lumières, libéral et anticlérical à Paris. Converti au catholicisme par des prêtres de sensibilité jansénistes, il commence sa vie littéraire en retournant en Italie à la fin de l'Empire. Il célèbre le catholicisme dans ses Hymnes sacrés (1815) mais également les révolutionnaires de 1821 en composant une oeuvre militante pour la liberté de l'Italie, Mars 1821. Son plus grand succès est Les Fiancés, qui connaissent trois versions différentes entre 1822 et 1842. Ce roman, véritable emblème du romantisme italien, raconte les malheurs, dans le royaume lombard du XVIIe siècle, de deux jeunes paysans dont l'amour est contrarié par l'occupant espagnol, sur fond de guerre, d'injustice, de peste mais aussi de foi profonde. Ce roman est exemplaire dans la vie littéraire italienne car il raconte l'histoire de l'Italie à travers l'histoire des humbles et non pas des puissants. Il dresse un tableau extrêmement détaillé et précis historiquement et brosse des personnages devenus des "types" dans l'imaginaire italien.
    Le roman de Manzoni connaît un succès fulgurant, dans toutes les couches de la société. Les intellectuels l'accueille très favorablement et le peuple connaît par coeur des passages entiers du livre. Les Fiancés est une oeuvre incontournable de l'éveil intellectuel de l'Italie du XIXe siècle et demeure un succès éditorial exceptionnel. Son rôle dans la définition de la langue italienne est tellement important qu'il est considéré comme l'archétype de la prose nationale italienne.
    Manzoni, dans la lignée d'autres écrivains romantiques européens comme Lamartine ou Byron, participa à la vie politique italienne, mais assez tardivement. Il s'est rallié à Victor Emmanuel de Savoie et est devenu sénateur à vie. En 1862, il fut nommé président de la commission pour l'unification de la langue italienne. Sa mort en 1872 fut l'occasion de funérailles nationales et c'est à sa mémoire que Giuseppe Verdi composa son Requiem.
  • France
    Sensibilité et nature
    En France, les romantiques sont issus du rousseauisme et des préromantiques qui faisaient passer le sentiment avant la raison. Ils témoignent d'un mouvement culturel plus général où l'individu s'émancipe des contraintes des anciens régimes pour affirmer sa liberté. L'exacerbation des sentiments est là pour démontrer qu'il n'est plus besoin de s'appuyer sur la seule raison, préjugée comme universelle et dépassant ainsi les particularismes individuels, pour exister au monde. Mme de Staël (1766-1817) et Lamartine (1790-1869) par exemple en ont démontré la recherche de l'infini dans chaque émotion humaine. On remarquera que le poète romantique a toujours un rapport particulier avec la nature sauvage. Jadis expression d'un ordre supérieur ou divin, elle est magnifiée en tant que miroir des passions humaines indomptables, seulement soumises à leurs propres nécessités, et prend une importance particulière dans toutes les œuvres romantiques.
    Le vague des passions
    Ce thème, la littérature allemande se fera l'écho la première et qui sera introduit en France par François-René de Chateaubriand (1768-1848) et par Charles Nodier grâce à son Cénacle à la Bibliothèque de l'Arsenal, est une révolte de fait contre l'idéal classique qui appliquait un style rigoureux et créait des unités de lieu et de temps uniques. S'y sont impliqués Victor Hugo (1802-1885), Gérard de Nerval (1808-1855), Stendhal (1783-1842) ou George Sand (1804-1876).
    On peut distinguer deux phases qui ont créé deux personnages distincts. Jusqu'en 1830, l'individualisme prime. Le personnage est aristocratique et méprisant. Il ressent un profond dégoût de la vie mais cultive un intérêt pour l'ailleurs. Il aspire à la solitude et souffre d'amours profondes et compliquées. Il incarne l'éternel incompris aux nombreux idéaux mais bloqué par une impossibilité d'agir, c'est le cas de René de Chateaubriand livré aux affres d'un mal dont il ne peut circonscrire les contours et qui le voue à l'inaction.
    Après 1830, la vision romantique se renverse et prend un aspect plus social. Le héros s'engage dans les combats pour la liberté. Ses passions se mettent au service de ses actions. La figure du héros romantique la plus représentative est sûrement celle de Lorenzo (Lorenzaccio, Alfred de Musset). À travers le romantisme on trouve une image aboutie de la figure du valet de la comédie classique, notamment dans les pièces de Victor Hugo (Hernani, Ruy Blas).
  • La topique romantique
    L'amour
     Rossetti, Beata Beatrice, 1863L'amour romantique ne se réduit pas au cliché habituel. Il existe incontestablement une idéalisation de l'amour : « La réduction de l'univers à un seul être, la dilatation d'un seul être jusqu'à Dieu, voilà l'amour » (Hugo, Les Misérables). Cet amour passionnel s'oppose au mariage qui n'est qu'un arrangement froid et réfléchi excluant d'emblée l'exaltation des sentiments.
    Néanmoins, l'amour romantique est loin d'être idyllique : la violence de la passion est aussi la violence du désir ; l'acte charnel est parfois décrit comme un viol ou comme un accouplement de deux êtres en rut. Le héros romantique prend ainsi parfois par surprise celle qu'il désire, mais sans préméditation :
    « Elle était si belle, à demi-vêtue et dans un état d'extrême passion, que Fabrice ne put résister à un mouvement presque involontaire. Aucune résistance ne fut opposée. » (Stendhal, La Chartreuse de Parme, II, XXV).
    Les appétits du corps sont parfois évoqués crûment, comme la description de l'orgasme d'Hassan dans les Premières poésies de Musset.
    L'amour romantique est ainsi absolu et excessif ; il subvertit la morale par sa brutalité, et suscite des jalousies fatales par son inconstance ; source de souffrance et de jouissance violentes, il foudroie et tue parfois par un mot, comme Rosette, dans On ne badine pas avec l'amour, qui tombe morte quand celui qui lui demande sa main avoue qu'il en aime une autre. L'amour est pour le romantisme la seule fatalité invincible : il ne fait qu'un avec l'élan vital dans le bonheur, mais se métamorphose, dans le malheur, en passion désespérée, avec son lot de crimes abominables, de meurtres, de trahisons, de suicides, de destruction de la personne aimée.
  • Mal du siècle et mélancolie
    Friedrich, Le voyageur au-dessus de la mer de nuages, 1817-1818
    Dürer, Mélancolie, 1514Le romantisme exprime un profond malaise des hommes victimes d'un monde économique où il devient impossible de vivre dignement. Musset dénonce ainsi le matérialisme bourgeois. Les progrès intellectuels apportés par les Lumières s'accompagnent en effet d'un vide spirituel, d'un ennui profond qui pousse au suicide ou à la démence (cf. Rolla de Musset) :
    « L'hypocrisie est morte ; on ne croit plus aux prêtres
    Mais la vertu se meurt, on ne croit plus à Dieu. »
    Le malaise romantique est cependant d'une certaine beauté et il offre un certain bonheur :
    « La mélancolie est un crépuscule. La souffrance s'y fond dans une sombre joie. La mélancolie, c'est le bonheur d'être triste. » (Hugo, Les Travailleurs de la mer, III, II, I)
    Quant à la femme, elle est un signe distinctif qui renforce son pouvoir de séduction et exprime pleinement la féminité :
    « Les femmes à taille plate sont dévouées, pleines de finesses, enclines à la mélancolie : elles sont mieux femmes que les autres. » (Balzac, Le Lys dans la vallée)
    Mais par dessus tout, la mélancolie est le signe distinctif de l'artiste : c'est déjà le spleen (cf. plus tard Baudelaire) sans cause précise, état morbide où l'on ne se supporte plus, où la solitude est un enfer, où la conscience du temps qui passe et le malheur de l'homme, la cruauté de la nature accablent l'esprit, et lui inspirent des tentations de révoltes politiques ou de suicide, à moins qu'il ne sombre dans la folie. Ce mal est le mal de l'homme, sa condition, et cette expérience de la douleur est inséparable de la vie et de son apprentissage ; c'est une fatalité qu'il faut expier, un châtiment dont le monde est la réalisation.
    Certains romantiques, dont le philosophe danois Kierkegaard établissent ainsi une distinction entre le plaisir et le bonheur. Ces deux principes, confondus depuis l'antiquité, où le bonheur est considéré comme le maximum mathématique de plaisir, sont différenciés par le romantique, qui ne trouve pas son bonheur dans le plaisir, bien au contraire. Comme on le voit chez Stendhal, le héros romantique s'ennuie dans les plaisirs, au milieu des femmes, du luxe, des jeux. Pour lui, seul l'inaccessible a de la valeur, et c'est pourquoi il ne trouve le vrai bonheur qu'en l'absence de plaisir : Julien Sorel, comme Fabrice Del Dongo, ne sera enfin heureux qu'en prison, l'un condamné à mort et l'autre amoureux d'une jeune fille qu'il aperçoit de loin sans aucun espoir de pouvoir jamais l'atteindre. Ainsi, le romantisme s'oppose bien à la raison : le romantique est un héros déraisonnable, lucide qui plus est mais qui s'y complait, car il y ne trouve de beauté que dans l'absurde, dans ce qui le dépasse.


 

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Commentaires (4)

hirondelle
  • 1. hirondelle | 19/03/2008
Merci pour la référence de ce livre et je vais essayer de me le procurer pour pouvoir rajouter des lignes à cette rubrique sur le romantisme.
Merci, aussi, pour votre visite sur mon site car ca me fait vraiment très plaisir.

chantal
Cédric Mesuron
  • 2. Cédric Mesuron | 18/03/2008
Je n'ai (toujours) pas internet chez moi. Je vous écris donc de mon travail en Dordogne !
Concernant le Romantisme, je n'en suis guère un érudit. Toutefois, je possède chez moi ce qui représente la "Bible" à ce sujet :
"Le Romantisme allemand" aux éditions Phébus (et non Poebus, comme je l'ai écrit précédemment !). C'est une véritable somme littéraire et poétique (plus de 1000 pages, je crois) que je recommande. Y figurent les principales grandes figures du Romantisme (Novalis, Hölderlin, J. Paul, Kleist, Beethoven, Achin Von Armin, etc.), dont les oeuvres ou les extraits sont traduites par Armel Guerne, un trés grand poète français. Voici donc ce que je peux vous dire Chantal au sujet du Romantisme. Au plaisir de partager un intérêt commun, et, pourquoi pas, de le prolonger avec vous. Cordialement. Cédric Mesuron.
hirondelle
  • 3. hirondelle | 15/03/2008
Merci pour cette précision.
si vous en avez d'autres, je peux les ajouter dans la rubrique.

chantal
Cédric Mesuron
  • 4. Cédric Mesuron | 14/03/2008
Sur le phénomène littéraire et esthétique, et plus largement existentiel, que constitue l'apparition du Romantisme, "l"Âme insurgée" du grand poète feu Armel Guerne apporte une contribution essentielle, unique, dans sa densité, et enflammée.
Un livre de toute beauté - et de foudre - dont je suggère la lecture aux âmes en prise avec leur propre vérité, leur propre absolu, leur propre fécondité, leur aspiration singulière et déterminée à rejoindre et chanter l'éternité de lumière qui somnole - souffrante de cris - dans l'abîme de leur coeur.

"L'Âme insurgée" se trouve aux éditions Phoebus.

Cédric Mesuron

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